Noël cette année ne sera pas la saison des cadeaux pour les propriétaires de « gros cubes » ni d'ailleurs pour les constructeurs de ces véhicules, que le gouvernement a décidé de taxer lourdement. Le ministère de l'Écologie a annoncé hier l'instauration d'un « bonus-malus » écologique en fonction du niveau d'émission d'oxyde de carbone. À partir du 1er janvier prochain, les particuliers acquérant un véhicule neuf émettant entre 161 et 165 g de CO2 par km devront acquitter un malus de 200 euros. Pour un niveau d'émission compris entre 166 et 200 g, la taxe grimpera à 750 euros, entre 201 et 250 g à 1 600 euros et à 2 600 euros pour une émission au-delà de 250 g. Les malus concerneraient essentiellement des voitures de marque étrangère, grosses berlines et 4 x 4 allemands et japonais.
Prime pour véhicules propres. A contrario, les conducteurs plus vertueux optant pour des véhicules propres vont se voir gratifier d'une prime de 1 000 euros, quand leur émission de CO2 est inférieure à 100 g, de 700 euros pour 101-120 g, et de 200 euros pour des émissions comprises entre 121 et 130 g. Le super gros lot - 5 000 euros de bonus -est réservé aux véhicules très économes en carburant, émettant moins de 60 g de CO2. De plus, lorsque l'acquisition d'un véhicule éligible au bonus sera accompagnée de la mise au rebut d'un véhicule de plus de 15 ans, son propriétaire percevra une prime de 300 euros. Le gouvernement prévoit de durcir les seuils de bonus-malus de 5 g tous les deux ans pour inciter les constructeurs à aller plus loin dans la mise au point de véhicules de plus en plus sobres en émission de carbone. Selon les estimations, 25 % des véhicules neufs pourraient subir un malus et 30 % bénéficier d'un bonus. La décision est accueillie plutôt favorablement par la Fédération des automobiles clubs. Son président, Christian Gérondeau, estime que « le système va dans le bon sens, à condition qu'il profite réellement aux acheteurs de voitures moins polluantes. Mais nous serons très prudents, car nous avons été échaudés dans le passé », rappelle-t-il, faisant allusion à la vignette automobile en vigueur pendant des décennies sans que la recette générée aille à sa destination initiale, qui était l'amélioration du sort des personnes âgées.
Absurde. L'accueil est en revanche nettement plus frais du côté des constructeurs et des concessionnaires automobiles. « C'est absurde de ne se référer qu'à certains critères. On vante toujours les voitures hybrides, mais sait-on que l'élimination des batteries et de certains éléments moteurs de ces véhicules pose plus de problèmes pervers en matière de pollution que l'émission d'oxyde de carbone des 4 x 4, qui, soit dit en passant, a fait des progrès considérables ? On va finir par faire crever le secteur automobile », tempête Patrick Santucci, concessionnaire Suzuki et Land Rover à Bordeaux. Deux marques touchées de plein fouet par ces nouvelles mesures, du fait de leur positionnement sur le segment des 4 x 4. Plus peut-être que le sort des propriétaires de ces engins, dont le prix oscille entre 50 000 et 100 000 euros, c'est celui des concessionnaires qui risque d'être le moins enviable car, comme le confie un professionnel, « c'est nous qui allons offrir la remise correspondante au malus à l'acquéreur. Et ça va rogner un peu plus nos marges dans un marché qui n'est pourtant pas florissant. » Le Salon auto-moto se déroule au Parc des expositions de Bordeaux-Lac jusqu'au 9 décembre. Jean-Marie Vasquez avec AFP
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